Mon père est une femme de ménage de Saphia Azzeddine
« Mon père a refermé la bouche en mâchant dans le vide, il s'est redressé et a regardé sa montre. On était vendredi, je n'avais pas école le lendemain. Donc je pouvais l'aider. Embarrassé à l'idée de m'imposer sa vie, il trouve toujours un moyen d'alléger le truc. Là, il a dit : — Bon alors mon Polo, tu viendé ou pas ce soir ? Une petite faute de français rigolote pour soulager tout ça, un peu d'humour pour camoufler le désastre de la soirée. Une soirée qui s'avère être sa vie en fait. J'ai souri, ça détend mon père, et j'ai répondu comme à chaque fois : — Je viendé, je viendé... Je l'aime mon père, mais j'ai du mal à l'admirer. Souvent, quand je le regarde, il est à quatre pattes, alors forcément ça manque un peu de hauteur tout ça... » Avec le sens de la formule, le rythme virevoltant, la verve irrésistible qui ont fait le succès, en librairie et au théâtre, de Confidences à Allah, Saphia Azzeddine donne la parole à Paul, 14 ans. Il a une famille impossible, des amours inexistantes, sa cité est lugubre, son avenir douteux, mais il a découvert une arme pour s'en sortir : les mots, et il commence à se demander si la fatalité ne peut pas être vaincue, parfois.
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Énorme coup de cœur pour ce roman que je n'aurais probablement jamais lu sans les conseils avisés de ma collègue bibliothécaire.
Je l'ai lu quasiment d'une traite tant j'ai aimé la forme, le fond, le ton péchu donné par cette jeune Marocaine également scénariste. "Mon père est une femme de ménage" évoque la honte sociale qui peut ronger "la France d’en bas". Sans détour, sans faux-semblant, Saphia Azzeddine donne la parole aux laissés-pour-compte de notre société, et raconte avec une verve irrésistible les drames et les espoirs d’une adolescence.
Elle nous offre une vision d’une société contenant un peu de violence et beaucoup de préjugés. Elle est pourtant loin des clichés qu’offrent en général les récits se déroulant en banlieue.
Les mots sont crus, les anecdotes aussi mais on ne s'en offusquera pas bien au contraire.
Car il faut dire Saphia Azzeddine a un style intéressant, qui sert parfaitement son propos. Les phrases sont en général courtes et sèches. Quant aux dialogues, ils sont nombreux et écrits dans le style parlé. Le résultat convient bien à son récit, lui donnant un rythme rapide et vivant.
Elle donne également à ses personnages des belles réparties. Les moments durs succèdent aux moments de tendresse, entrecoupés avec des passages très drôles.
Tendre, brillant et joyeusement cru, "Mon père est une femme de ménage" est MON coup de cœur de la rentrée.
Je vous met ici quelques passages que j'ai trouvé vraiment géniaux, des petites vérités qui me paraissent à moi presque universelles.
p43 : Heureusement, je ne portais pas de slim, moi.
J'ai plaisanté en faisant du style :
- Pourquoi infliger ça à notre instrument le plus précieux, nous les hommes ?
Ça la fait rire quand je parle comme ça.
p119 : Grâce à un dialogue rétabli, les gosses se tiendraient à carreau et ne boiraient plus jamais dans l'enceinte du collège. Plus jamais. Ils le feraient juste devant.
p113 : En tout cas c'est fatiguant de détester sa famille. Vivement les jours d'anniversaire où qu'on s'aime tout simplement.
p91 : Elle portait des bottins noires mais avec le bout ouvert. Totalement illogiques comme chaussures. Pourquoi laisser les orteils découverts si ce sont des bottines fermées à mi mollet ? Quel est l'intérêt de porter des bottes et de laisser les doigts de pied à l'air comme dans des sandales?
p140 : Non, les mots de la bibliothèque m'arracheront à mon destin de beauf. Même un peu.
Il faut que je sois un autre. Pas un zappeur en jogging qui regarde "Turbo".
J'aurais pu vous mettre tout le livre en fait mais bon... je préfère vous laisser le lire par vous même ;)
